Le réseau de la Ligue au service de la Laïcité

samedi 18 janvier 2020
par  Hervé Lestideau
popularité : 11%

Dans une société où la frontière entre le croire et le savoir devient de plus en plus ténue, la loi du 9 décembre 1905 portant séparation des églises et de l’Etat et posant le principe de Laïcité de la République, est bien d’actualité. Au niveau national un communiqué signé par de nombreuses organisations syndicales, politiques et associatives est paru sous forme d’appel, le 9 décembre. Dans le Finistère, autour de ce 9 décembre, notre réseau a été très actif, comme par exemple à Locmaria-Plouzané ou à Penmarc’h.

Animation théâtrale à l’école de Keriscoualc’h

A l’école de Kériscoualc’h à Locmaria Plouzané, on s’attache à fêter chaque année l’anniversaire de la loi. L’amicale laïque et les enseignants de l’école ne sont jamais à court d’idées pour sensibiliser les enfants aux principes de la laïcité. Cette année, les enfants étaient mis en scène.

Les élèves de Keriscoualc’h mobilisés pour la Laïcité

Conseillés par l’animatrice théâtre de l’amicale, les enseignants ont concocté des saynètes et des chansons illustrant l’article 9 de la charte de la laïcité.

La laïcité implique le rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations, garantit l’égalité entre les filles et les garçons et repose sur une culture du respect et de la compréhension de l’autre. »

Pendant plus d’une heure, les enfants des CM2, CM1 et CE2 sont devenus acteurs pour exprimer à leur façon ce que représente le respect de l’autre.

Très motivés, ils se sont parfaitement impliqués dans leurs rôles. Une vraie réussite citoyenne ! L’enthousiasme des enfants était tel que le spectacle sera rejoué le mardi 28 janvier devant les parents.

Plantation d’un Arbre de la Laïcité à Penmarc’h.

Un arbre de la Laïcité planté à Penmarc’h

A Penmarc’h, l’amicale laïque a su convaincre le Maire de planter un arbre de la laïcité afin de symboliser l’engagement autour de cette loi. A la suite du Maire et avant Yves Roussin, Président de l’amicale laïque, Didier Bélier, Président de la Ligue 29 y a prononcé les mots suivants, devant de nombreux élus et représentants des amicales laïques du territoire :

« Depuis plusieurs années, le mouvement laïque se mobilise autour du jour anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, le 9 décembre. Il s’agit, en ce 9 décembre, d’illustrer et de défendre les principes et les valeurs laïques, en particulier la liberté de conscience.

Aujourd’hui, la plantation de l’arbre de la Laïcité, ce beau geste symbolique est évidemment inspiré par les arbres de la liberté qui affirmaient la souveraineté du peuple dès la Révolution.

L’arbre est un puissant symbole par son enracinement, par sa fière verticalité et par son feuillage protecteur. L’arbre de la laïcité s’inscrit dans l’histoire populaire et dans la mémoire révolutionnaire. La laïcité comme garante de nos libertés est mise à l’honneur, contre les conceptions de ceux qui la réduisent à des interdits.

Depuis un certain temps, nous pouvions avoir le sentiment que le traitement de la question laïque s’était enfermé dans une sorte de ritualisation des approches et des oppositions entre ceux qui y voyaient une liberté, une démarche d’émancipation et ceux qui, enfermés dans une logique identitaire, ne la percevaientt que comme un outil justifiant l’interdiction de tout ce qui troublait leur conception. Et puis, subitement, il y a quelques mois une surprenante agitation réformatrice s’est invitée dans le débat public, alimentée par la chronique de l’action gouvernementale. Il conviendrait, toutes affaires cessantes de réformer, de réviser ou d’amender la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l’État. Les principales organisations associatives ou syndicales laïques se sont émues d’un tel projet et ont clairement manifesté leur opposition à une telle initiative.

Les urgences suscitées par le mouvement des « gilets jaunes » paraissaient avoir modifié l’ordre des priorités de ce gouvernement et bouleversé les agendas. Les temps étaient à des revendications plus sociales, telles l’amélioration du pouvoir d’achat des plus pauvres ou la recherche d’une plus grande justice fiscale. Quelle ne fut donc pas la surprise des destinataires de la « Lettre aux Français » écrite par le président de la République qui, l’ayant lue jusqu’au bout, constataient que la question, évacuée par la porte refaisait son retour par la fenêtre. Juste après avoir évoqué la question de l’immigration, la question suivante était posée : « Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’État et les religions de notre pays ? »

Au-delà de la formulation, l’on pouvait se demander ce que recouvrait la référence aux rapports entre l’État et les religions et non plus entre les cultes ou les Églises. Ce basculement d’un débat institutionnel à un débat idéologique n’était pas neutre. Était-il, une nouvelle fois, question de « réparer » le lien qui se serait « abîmé » entre l’Église et l’État comme cela avait été évoqué par le Président de la République, le 9 avril 2018, au Collège des Bernardins ? Se retrouvait-on dans une logique identique à celle évoquée par Nicolas Sarkozy, en 2007, dans son discours consécutif à la réception du titre de chanoine laïque du Latran.

Plus que de réécriture, d’amendements ou de modifications de la loi de 1905, ce qui importe d’abord c’est d’en comprendre la genèse et la philosophie, seules de nature à en comprendre la portée, profondément contemporaine du texte. Une telle démarche permet, également de dénoncer les accaparements et les travestissements dont elle est l’objet.

Réécrire la loi de 1905 et porter atteinte aux principes qu’elle pose, serait une faute.

Depuis 114 ans la loi de 1905 a garanti une paix religieuse intelligente, y toucher c’est prendre le risque d’en rompre l’équilibre subtil. Le contexte politique de l’heure est lourd du risque de voir l’ouverture d’un débat parlementaire s’apparenter à celle de la boîte de Pandore, chacun cherchant à y intégrer ses fantasmes ou ses détestations. Nous avons pu le constater avec l’épisode du port du voile d’une maman accompagnant une sortie scolaire et au moment du rassemblement dit « contre l’islamophobie ».

Il convient d’éviter toute démarche qui conduirait à faire qu’une loi de liberté devienne une loi d’interdiction.

Car c’est une nouvelle fois, la religion musulmane qui est interpellée, stigmatisée.

La religion musulmane, dans ses manifestations variées, est une des composantes de la diversité culturelle que connaît notre pays. Dans le cadre de notre République indivisible, cette diversité est une richesse. Dans une écrasante majorité, nos concitoyens de religion musulmane acceptent les lois de la République. Ils connaissent le sens et les bienfaits, pour la liberté de penser et l’égalité de tous, de la séparation des Églises et de l’État. Ils savent toute l’importance d’être citoyens d’un pays dans lequel la neutralité de l’Etat garantit la primauté de l’intérêt général.

Des territoires peuvent connaître des enfermements communautaires qui doivent être combattus. Mais notre République est aussi une République sociale. Ce qui menace l’unité de la société, c’est à la fois le fanatisme religieux, le racisme, l’antisémitisme, l’insuffisante mixité sociale et scolaire qui favorise les replis et les constitutions de groupes homogènes, les discriminations et l’inégalité persistante et croissante des conditions de vie. Laisser ces questions sous le tapis serait une grave erreur. On aurait tort de considérer que ces questions sont secondaires et qu’il suffirait de se référer aux principes et valeurs de la République pour les régler.

La laïcité, n’est pas une option philosophique ou spirituelle, c’est un principe d’organisation politique qui permet justement à tous les choix philosophiques ou spirituels d’exister et de s’exprimer, dans les seules limites prévues par la loi et l’ordre public.

Est-il besoin de rappeler l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui stipule que « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »