Inventons demain : "Le revenu de base, juste et équitable", entretien avec Nathalie Sarrabezolles

mercredi 22 avril 2020
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Madame la Présidente, pourquoi avoir écrit au président de la République sur le revenu de base ?

La proposition d’un revenu de base n’est pas nouvelle, mais elle est plus que jamais d’actualité et nécessaire, dans une France fortement impactée par la crise grave que vous traversons. En effet, cette crise n’est pas que sanitaire, elle est aussi sociale et économique. Elle fait basculer dans la précarité un nombre considérable de Françaises et de Français, elle pousse notre système de solidarité dans ses retranchements. Dans ce contexte, offrir un filet de protection à chacun et chacune, c’est juste et équitable. C’est également un moyen de nous sécuriser toutes et tous.

Dans les Conseils départementaux, nous sommes garants des solidarités humaines. Avec 18 autres Départements, nous avions proposé dès 2018 au Ministère des Solidarités d’expérimenter une nouvelle méthode d’investissement social : le revenu de base. Il est tout à fait adapté aux besoins du moment. Il permet de simplifier les démarches administratives, d’éviter le non recours par un système d’automatisme, de soutenir les jeunes, de proposer un accompagnement renforcé, pour lutter plus efficacement, et sur le long terme, contre la précarité, la pauvreté et l’exclusion.

© CD29 - M. Le Gall

En quoi consisterait ce revenu de base ?

Notre proposition est conçue comme une solution solidaire, une solution de bon sens. Comme le président de la République l’a justement dit le 12 mars dernier, « les décisions de rupture sont aujourd’hui nécessaires ». Cette proposition en est une mais elle correspond également à la philosophie affichée du plan de lutte contre la pauvreté, lancé il y a maintenant deux ans et auquel de nombreux Départements ont contribué, à savoir permettre l’émancipation de toutes et tous et investir dans le capital humain.

L’idée est de lutter contre la précarité et la pauvreté en misant sur la prévention. Environ 30 % des aides sociales ne sont pas perçues par ceux qui pourraient y prétendre. Un revenu de base, qui regrouperait au minimum le RSA et la prime d’activité, mais pourrait aussi comprendre d’autres aides sociales, limiterait ce non-recours. Il serait versé de manière automatique, comme la prime d’activité, serait progressif ou dégressif, en fonction des revenus. Il permettrait d’éviter nombre de difficultés vécues par les personnes qui, aujourd’hui, ne sont pas ou sont mal accompagnées et donc d’en éviter le coût humain et social.

Ce revenu de base est conçu comme une nouvelle approche des solidarités humaines, à la fois outil de lutte contre la pauvreté, outil de développement et de revitalisation territoriale, et outil d’autonomie, par le développement du pouvoir d’agir des personnes.

Un nouveau pacte social devra fonder le monde d’après la crise du Covid-19. Le revenu de base pourrait en constituer l’un des axes.

Revenu de base : une solution à la crise du Covid-19
Appel de 18 Présidents de Départements
Dimanche 12 avril 2020

18 Départements français* ont proposé il y a un an à l’Assemblée nationale d’autoriser l’expérimentation locale d’un revenu de base. Une motion de rejet préalable, déposée par la majorité présidentielle avait empêché le débat de se tenir, malgré le souhait des autres groupes parlementaires de pouvoir échanger sur le sujet.

Aujourd’hui, alors que la crise sanitaire du Covid-19 évolue chaque jour un peu plus en une crise économique et sociale mondiale, le revenu de base apparaît de plus en plus dans toute l’Europe comme une solution pour sécuriser l’existence de ses habitants.

Dans le souci de l’intérêt général et sans sectarisme, nous interpellons le Président de la République et le Premier ministre pour réévaluer cette proposition à l’aune de la crise exceptionnelle que traverse notre pays.

Pour les allocataires du Revenu de Solidarité Active, des mesures ont déjà été prises au niveau national en faveur de la reconduction automatique des droits et de la suspension des sanctions pour le RSA, afin d’éviter toute rupture de prise en charge pendant la durée du confinement. Nous appelons le gouvernement à aller plus loin en ouvrant le droit dès 18ans, les jeunes étant fragilisés financièrement par la crise que nous connaissons, et en élevant son montant au niveau du seuil de pauvreté.

Un nouveau pacte social devra fonder le monde d’après la crise du Covid-19. Une fois sortis de l’état de guerre dans lequel nous sommes, nous devrons préparer activement la résilience de notre société. Cette solution ne saurait donc être temporaire, mais devra au contraire être pérennisée et rendue soutenable financièrement.

Les 18 Départements volontaires sont d’ores-et-déjà prêts à expérimenter cette solution sur leur territoire et à en évaluer les bénéfices escomptés pour les publics qu’ils accompagnent, avant d’envisager toute généralisation au niveau national.*

Liste des 18 Départements ayant participé au projet d’expérimentation d’un revenu de base : Alpes-de-Haute-Provence, Ardèche, Ariège, Aude, Dordogne, Finistère, Haute-Garonne, Gers, Gironde, Hérault, Ille-et-Vilaine, Landes, Loire-Atlantique, Lot, Lot-et-Garonne, Meurthe-et-Moselle, Nièvre, Seine-Saint-Denis.



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